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26.03.2018 – 11:00

Migros-Genossenschafts-Bund Direktion Kultur und Soziales

Migros Museum für Gegenwartskunst «Teresa Burga: Aleatory Structures»

Zürich (ots)

   26.05.-12.08.2018 
   Vernissage: Vendredi, 25.05.2018 

Depuis les années 1960, l'artiste péruvienne Teresa Burga (*1935 à Iquitos, Pérou) se pose en témoin minutieux des rapports sociaux de son temps. Son oeuvre prolifique inclut des peintures et des environnements d'influence pop art, mais aussi des dessins et des objets conceptuels, ainsi que des installations cybernétiques. Dans ses travaux, qui explorent une grande diversité de supports et de formes, l'artiste s'attache à mettre en évidence à la fois la complexité des structures sociales et le pouvoir de chacun de décider pour lui-même, aspect indissociable à ses yeux du partage des informations et de leur contextualisation. Teresa Burga, représentante féminine de l'art latino-américain, a souvent été en avance sur son temps par sa pratique artistique. Le contexte politique de son pays d'origine - le Pérou a subi une longue dictature militaire et traversé de graves crises économiques - l'a longtemps maintenue isolée sur la scène artistique locale comme internationale. La rétrospective Aleatory Structures qui lui est consacrée au Migros Museum für Gegenwartskunst est la première exposition personnelle de l'artiste en Suisse.

Comme bon nombre d'artistes femmes des années 1960 et 1970, Teresa Burga thématise les structures sociales patriarcales qui régissent la vie des femmes et interpelle sur les possibilités de renforcement de la participation des femmes au sein du système. Ses peintures et ses environnements d'influence pop art de cette époque ne célèbrent pas le corps de l'artiste comme expression de l'autonomisation, ainsi que s'y sont essayées ses contemporaines aux États-Unis et en Europe à travers une présence appuyée dans l'espace public. Teresa Burga donne à voir des personnages féminins qui demeurent exclus du processus d'autodétermination : des prostituées, des femmes seules dans la rue ou dans leur environnement domestique dont le regard se tourne vers la sphère publique, à laquelle elles ne prennent toutefois pas activement part. Ses représentations de la femme montrent l'ampleur des déséquilibres sociétaux au quotidien et des inégalités de pouvoir entre les sexes, des disparités que l'on retrouve dans les relations interethniques au Pérou. Si la scène artistique péruvienne intègre de plus en plus souvent des éléments stylistiques de l'artisanat indigène dans les années 1970 et 1980, cela ne change rien à la marginalisation sociale des populations andines, un héritage de l'ère coloniale : les populations indigènes n'ont pas accès à la haute culture - aujourd'hui encore d'influence européenne - pas plus qu'elles n'y participent activement. Teresa Burga renvoie à cette situation dans certaines séries récentes, notamment ses dessins de scènes de marché en 2016-17 et de femmes en costume traditionnel en 2017.

Dans ses créations, Teresa Burga s'intéresse à la question de l'influence des images sur notre perception de la réalité. Entre 1974 et 1978, elle reproduit des unes et des articles de journaux et de magazines ayant pour sujet la présence de femmes dans la sphère publique. La retranscription à la main d'images produites mécaniquement montre l'importance des médias (presse et télévision) comme sources d'information. Elle utilisera à nouveau cette technique en 2012-14 pour une série inspirée de coupures de journaux. L'installation Autorretrato. Estructura. Informe. 9.6.72 (Autoportrait. Structure. Rapport. 09.06.72, 1972) repose également sur la transposition d'informations dans le contexte artistique. Teresa Burga a pour cette oeuvre rédigé un rapport médical détaillé sur elle-même avec l'aide médicale. Le corps de l'artiste est ici l'objet d'une collecte analytique de données : l'art entre en dialogue avec la science, un portrait quantitatif de l'artiste se dessine à partir de ses données de santé. Teresa Burga montre que le corps féminin est exposé à des critères de mesure et d'évaluation qui non seulement limitent la marge de manoeuvre de l'individu, mais servent aussi de référence pour des restrictions sociétales.

Ce thème est repris dans Perfil de la Mujer Peruana (« Profil de la femme péruvienne », 1980-81), un projet né de la collaboration avec la psychothérapeute Marie-France Cathelat pour lequel l'artiste a exploité des données anonymisées concernant plus de 100 femmes péruviennes. L'analyse sociologique du rôle de Péruviennes de la classe moyenne et de leurs possibilités de participation - au sens politique également - montre une nouvelle fois que les femmes ne font pas l'objet de la même considération que les hommes dans la société. Teresa Burga se fonde dans sa pratique artistique sur des observations analytiques précises. Si elles peuvent paraître ludiques au premier abord, les oeuvres créées à partir de ces observations se révèlent porteuses d'une réflexion critique sur les conditions sociales en place, invitant l'observateur à prendre position et à s'affirmer face aux structures sociales établies. L'artiste est parfaitement consciente que l'effet de ses travaux échappe à son contrôle : comme le suggère le titre de l'exposition, ses oeuvres sont à ses yeux des structures aléatoires, des impulsions générant des résultats incertains, imprévisibles.

L'exposition Aleatory Structures est curatée par Heike Munder (directrice du Migros Museum für Gegenwartskunst). À l'occasion de son inauguration paraît chez JRP|Ringier une monographie de l'artiste intégrant une introduction de Heike Munder, des textes de Dorota Biczel, Julieta González, Kalliopi Minioudaki, Cristiana Tejo et Jorge Villacorta, ainsi qu'une interview de Miguel A. López et Teresa Burga. L'exposition et le catalogue sont le fruit d'une coopération avec la Kestner Gesellschaft de Hanovre.

Teresa Burga vit et travaille à Lima, Pérou. Ses travaux ont été présentés dans diverses expositions internationales, notamment au musée Hammer de Los Angeles (2017), au Sculpture Center de New York (2017), à la Tate Modern à Londres (2015), au Musée d'art latino-américain (MALBA) de Buenos Aires (2015), au Museum Ludwig à Cologne (2015), à l'Art Institute de Chicago (2015), à la Biennale de Venise (2015), à la Sala de Arte Público Siqueiros à Mexico City (2014), au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles (2014), au Musée d'art moderne de Rio de Janeiro (2014), à la Biennale d'Istanbul (2012) et au Württembergischer Kunstverein à Stuttgart (2011).

Contact:

René Müller, responsable du service de presse et des relations
publiques Migros Museum für Gegenwartskunst, T +41 44 277 27 27,
rene.mueller@mgb.ch