Communiqué de presse
Pénurie de places dapprentissage et croissance du chômage des jeunes
2004-10-13T14:30:03
Berne (ots) - La situation étant dramatique les nouveaux chiffres (légèrement
enjolivés comme tou-jours) du baromètre des places dapprentissage
seront publiés ce vendredi -, lUnion syndicale suisse (USS) exige
la mise en place sans délai dun pacte pour lemploi des jeunes,
aussi bien de celles et ceux qui terminent leur scolarité que de
celles et ceux qui terminent un apprentissage. Ci-après les mesures
à prendre et leur justification.
Lheure est à un « Pacte pour lemploi des jeunes »
Vue densemble
Une recherche de places dapprentissage toujours plus précoce, plus
dure et fréquem-ment décourageante. Une petite offre de 10e année
scolaire ou dautres solutions transi-toires visant un but précis.
Un apprentissage qui ne déroule souvent pas selon les vux des
intéressé(e)s. Des salaires dapprenti(e)s en baisse réelle depuis
des années. Et, une fois lapprentissage terminé avec succès, un
premier passage par le chômage. Et la protection de la jeunesse est
mise à mal avec, pour conséquence, plus de travail de nuit et du
dimanche pour les jeunes : un nombre toujours plus grand de jeunes
se trouvent exclus.
Ça ne peut plus continuer comme ça. Sinon toute une génération de
jeunes sera frus-trée, faute de perspectives professionnelles.
Conséquence : une régression sociale inévi-table, avec tout ce que
cela suppose et que lon connaît bien. La revalorisation de la
formation professionnelle par rapport à la formation générale
cela, grâce à la nou-velle loi sur la formation professionnelle
(LFPr)-, la maturité professionnelle et les nouvelles hautes écoles
spécialisées prendraient alors rapidement fin.
Aujourdhui, nous devons faire plus que seulement attendre la
reprise. Nous avons be-soin de plus que des appels lancés par le
Conseil fédéral et les cantons aux entreprises, plus que des mesures
qui ont été prises grâce à la pression des syndicats et des associa-
tions de jeunesse (initiative pour des places dapprentissage) dans
le cadre de la cellule dintervention « Places dapprentissage
2003 ».
Nous avons tout de suite besoin dun pacte pour le nombre croissant
de jeunes qui terminent leur scolarité, en particulier là où les
offres de formation duale font défaut, dans les grandes villes :
· Loffre défaillante des entreprises doit être compensée par
une augmentation de dix pour cent des offres de formation
entièrement scolaire pour les profes-sions davenir (écoles de
commerce et écoles de culture générale, écoles de métiers proposant
également des offres pour les catégories sociales plus fai-bles).
· Il faut particulièrement encourager les offres
dapprentissages avec une part de formation scolaire dégressive
(année initiale dapprentissage suivie de for-mation professionnelle
pratique).
· Les offres de formation transitoire (10e année scolaire)
doivent remplir un mandat de formation clair et être partout
gratuites.
· La formation donnant droit à une attestation (formation
élémentaire revalori-sée) doit être proposée plus souvent aux
catégories sociales plus faibles.
· Les fonds qui peuvent être créés dans les branches doivent
répartir les coûts des entreprises formatrices entre tous les
acteurs de la branche.
Nous avons aussi besoin tout de suite dun pacte pour lemploi des
jeunes qui termi-nent un apprentissage et se retrouvent au chômage :
· Celles et ceux qui terminent leur formation professionnelle
doivent pouvoir continuer à travailler durant une année dans
lentreprise formatrice, pour au-tant que cela ne porte pas
préjudice à la formation professionnelle initiale.
· Les entreprises qui ne proposent pas de formation
professionnelle initiale, cest-à-dire la grande majorité, doivent,
pour une durée dun an, engager à temps partiel (3 à 4 jours par
semaine) et pour le salaire de base usuel de la branche, des jeunes
qui ont terminé leur apprentissage. Pour les 1 à 2 jours restants,
ces jeunes se verront proposer, dans le cadre dun « Pacte pour
lemploi des jeunes », des programmes de formation continue destinés
à amé-liorer leur employabilité. Le financement en sera assuré à
travers larticle pi-lote de lassurance-chômage et, si nécessaire
et possible, les fonds paritaires pour la formation. Les jeunes
profiteront dune expérience professionnelle qui leur fait encore
défaut et dune première formation continue qui leur permet-tra
dapprofondir leurs connaissances. Les perspectives conjoncturelles
res-tant incertaines, les entreprises nauront pas à verser un
salaire plein.
Motivation
Les deux transitions décisives dans la vie des jeunes
Les statistiques du marché du travail du seco pour les 15 à 24 ans
(« La Vie économi-que » 10/2004), lObservation du marché du travail
de Suisse orientale, dArgovie et de Zoug (« Analyse de la situation
2004 AMOSA ») et lenquête suisse sur la population active (ESPA) de
lOffice fédéral de la statistique (OFS) mettent en évidence la
gravité et la persistance du chômage des jeunes en dépit de la
reprise. Le chômage des jeunes est ainsi 25 % plus élevé que le taux
de chômage moyen et la tendance est à la hausse. Selon lOFS (ESPA),
51 000 jeunes navaient pas de travail au 2e trimestre 2003 mais ils
nétaient que la moitié (23 000) à être inscrits comme chômeurs aux
offices régio-naux de placement (ORP) pour la même période selon le
seco.
Il est utile de diviser les jeunes en deux catégories dâge : les 15-
19 ans (en règle géné-rale, passage du degré secondaire I à la
formation complémentaire du degré secondaire II) et les 20-24 ans
(passage du système de formation au marché de lemploi, dans la
plupart des cas à la recherche dun poste après avoir terminé
lapprentissage) tant pour comprendre lévolution que pour prendre
des mesures adéquates contre le chômage des jeunes, nécessaires dans
les deux cas.
1ère transition :
Passage du degré secondaire I au degré secondaire II (système de
formation
complémentaire)
Le marché des places dapprentissage, favorable aux formateurs et
défavorables aux personnes en formation
Bien que les mesures adoptées par la Confédération, les cantons et
léconomie ces der-nières années à la suite de la pression publique
se soient traduites par une hausse de loffre de places
dapprentissage, ce marché est grippé et le restera assurément ces
qua-tre prochaines années compte tenu de lévolution démographique
que lon connaît au-jourdhui. LOFS prévoit une hausse des
personnes en formation au degré secondaire II jusquen 2008. Pour la
formation professionnelle à elle seule, lOFS table sur une hausse
annuelle de 5 à 11 pour cent. Uniquement pour maintenir un statu quo
insatisfai-sant, il faudra donc créer ces prochaines années des
milliers de nouvelles places de formation dans notre système de
formation professionnelle dual.
Pour que le marché des places dapprentissage tourne correctement,
il faut que loffre dépasse la demande de 12 à 20 pour cent. Une
utopie pour les apprenti(e)s daujourdhui.
Lexcédent persistant de la demande a notamment eu pour conséquence
une baisse du salaire moyen des apprenti(e)s en termes réels («
Coût/Bénéfice de la formation des apprentis » 2003). Certains
formateurs voulaient même profiter de cette situation inte-nable
pour vendre des places dapprentissage (50 000 francs pour une place
dapprentissage dans linformatique).
De nombreuses entreprises ont mis à profit la situation difficile de
nombreux jeunes pour durcir la sélection en procédant à des tests
internes. De la sorte, elles mettent en doute la valeur de la
scolarité obligatoire.
Pour les personnes en formation, les conditions de travail
continuent à se détériorer dans certaines branches. Le seco a déjà
accordé une autorisation générale dextension du tra-vail de nuit et
du dimanche et le Conseil fédéral entend bientôt abaisser de 19 à 18
ans lâge limite de la protection.
Le Baromètre des places dapprentissage et les statistiques des
contrats dapprentissage enjolivent la situation
Le Baromètre des places dapprentissage paraîtra à nouveau le 15
octobre 2004. À en juger par les chiffres déjà publiés de Zurich et
de Bâle, notre appréciation sera confir-mée dans les grandes lignes.
Toutefois, ce baromètre et les statistiques des contrats
dapprentissage enjolivent la situation réelle des apprenti(e)s.
Aujourdhui, il faut aussi prendre quelque peu avec des pincettes le
seul indicateur ob-jectif du marché des places dapprentissage, les
statistiques des places dapprentissage de lOFS. En effet, la
méthode actuelle ne permet pas de saisir laugmentation du nom-bre
dapprenti(e)s qui changent de place, un phénomène omniprésent lié à
la pénurie de places dapprentissage. Ainsi, celui qui conclut deux
contrats dapprentissage pendant sa formation initiale est recensé
deux fois dans les statistiques des places dapprentissage de lOFS.
La cellule dintervention « Places dapprentissage 2003 » a décelé
cette erreur statistique et une nouvelle méthode de recueil des
données est en préparation. Jusquà ce que celle-ci soit appliquée,
il faudra corriger légèrement à la baisse les chiffres de lOFS.
Les offres de formation transitoire ont besoin dun mandat en matière de formation
En raison de la pénurie de places dapprentissage, différentes
initiatives ont surgi sur le plan cantonal et régional pour proposer
des offres de formation transitoire. Le Pro-gramme national de
recherche 43 « Formation et emploi » et létude « Transition Ecole-
Emploi » (TREE) portant sur des jeunes ayant participé à létude
PISA parviennent à la conclusion que, aujourdhui déjà, un quart
environ des jeunes qui terminent leur scola-rite obligatoire doivent
demeurer dans la zone instable du passage entre les deux systè-mes.
Les solutions cantonales et communales pour la plupart, complétées
parfois par des programmes privés, ont été conçues en toute urgence
pour lutter contre laugmentation du chômage des jeunes. À long
terme, elles portent toutefois atteinte à la justice en matière de
formation et font perdre du temps aux jeunes sans présenter pour
autant un mandat en matière de formation qui soit judicieux et qui
harmonise les par-cours.
Pénurie du marché : cest à lÉtat dagir
En lançant linitiative pour les places dapprentissage lipa, les
associations de jeunesse et lUSS voulaient donner un nouvel élan au
marché des places dapprentissage et offrir de nouveaux programmes
de formation duale. Le Conseil fédéral, les Chambres fédéra-les et
léconomie ont promis de régler les problèmes sans la lipa. La
majorité des vo-tant(e)s a cru en leurs promesses. Depuis lors,
léconomie na réalisé que quelques rares améliorations si on les
compare aux besoins qui nont pas pu absorber la hausse de la
demande. LÉtat a dû intervenir à la hâte en proposant des offres de
formation transi-toire.
Les promesses nayant pas été tenues, il faut par conséquent
proposer davantage de pro-grammes de formation professionnelle
financés par les pouvoirs publics et dotés dun mandat de formation
clair, qui intègrent aussi les personnes présentant des handicaps
sociaux. Les économistes de la formation qui, sur mandat de lOffice
fédéral de la for-mation et de la technologie professionnelle, ont
étudié le rapport « Coût/Bénéfice de la formation des apprentis pour
les entreprises suisses » parviennent à la même conclu-sion : «
LÉtat pourrait proposer des filières anticycliques à plein temps,
comme une année initiale dapprentissage. Ces filières devraient
dispenser des compétences généra-les, de sorte que lélève puisse,
après la crise, se spécialiser dans une profession pour laquelle une
demande existe » (Jürg Schweri, « BUND » du 28.1.04, traduction USS).
Lévolution la plus récente réfute aussi largument prétendant que
les programmes axés sur lécole à plein temps ne sont pas conformes
aux exigences du marché du travail : en Suisse alémanique, qui se
caractérisent par une part élevée de formations duales prati-ques,
le taux de chômage des jeunes est pratiquement égal à celui de la
Suisse romande, où les formations scolaires à plein temps sont bien
plus importantes.
Il faut mettre immédiatement en vigueur les nouvelles dispositions
de la loi sur la formation professionnelle
La nouvelle LFPr substitue à la formation élémentaire, guère
utilisée, la formation sanc-tionnée par une attestation pour les
personnes socialement désavantagées. La balle est désormais dans le
camp de léconomie : celle-ci doit utiliser cette filière de
formation professionnelle perméable vers le haut.
De nombreuses associations professionnelles aimeraient faire usage
de la figure des fonds de branche obligatoires de la formation
professionnelle. Il sagit maintenant de créer cet instrument de
façon rapide et sans complication bureaucratique.
Il faut maintenir la protection de la jeunesse
Les autorités compétentes (le seco) sont allées au-devant des vux
des entreprises en leur accordant des autorisations générales de
travail de nuit et du dimanche valables également pour les apprenti
(e)s dans lespoir de voir le nombre de places dapprentissage
augmenter. Cet espoir a été déçu. Le Conseil fédéral ne doit pas
céder aux pressions de léconomie au détriment des jeunes.
2e transition :
Passage de la formation à lemploi
Les entreprises doivent conserver les jeunes diplômés pendant un an
Si le taux de chômage des jeunes effectuant ce passage les 20-24
ans est fonction de la conjoncture, il nen reste pas moins quil
est nettement supérieur à la moyenne. Les prévisions quant à une
reprise ne font pas lunanimité. Même le seco na guère lespoir que
la reprise suffise à insérer automatiquement les jeunes dans le
marché de lemploi.
Si les propositions dAMOSA doivent être mises en vigueur, elles ne
suffisent cepen-dant pas, tant sen faut.
Il est indispensable que les entreprises conservent, pendant au
moins un an, les appren-ti(e)s qui ont terminé leur apprentissage
chez elles. Signalons toutefois que cette mesure ne doit pas se
faire aux dépens des 15-19 ans. En effet, lon peut faire dire à
létude AMOSA quil est actuellement plus important dengager des
diplômé(e)s que des ap-prenti(e)s car des possibilités sont déjà
offertes à ceux qui quittent lécole obligatoire. Toutefois, il
serait erroné de dresser lune contre lautre ces deux tranches
dâge des plus vulnérables. Si, malgré tout, cette concurrence
devenait importante, nos revendica-tions portant sur un
élargissement des programmes scolaires avec un mandat de forma-tion
clair pour la première transition nen seraient que plus importantes.
Pour faire échec aux resquilleurs, les entreprises qui ne sengagent
pas dans la forma-tion professionnelle initiale la majorité sont
davantage appelées à engager de jeu-nes diplômés que celles qui sont
actives dans la formation professionnelle initiale.
Pour favoriser cette mesure dans une conjoncture encore hésitante,
lassurance-chômage doit financer des programmes de formation
complémentaire en tirant parti de larticle pilote.
Pacte des partenaires sociaux pour lemploi des jeunes
De nombreux secteurs ont des fonds de formation paritaires, souvent
bien dotés. Nous en appelons donc aux associations professionnelles
de branche pour quelles recher-chent des modèles viables permettant
au plus grand nombre de jeunes chômeurs de sinsérer dans le monde
du travail ou de suivre une formation complémentaire. Les re-
présentations des branches au sein des fédérations de lUSS
présenteront des proposi-tions ces prochaines semaines.
Pour tout renseignement : Peter Sigerist, secrétaire central,
responsable de la forma-tion : téléphone fixe 031 377 01 23 ;
portable 079 404 56 85
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