Schweizerischer Nationalfonds / Fonds national suisse

Le monopole des orangs-outans mâles
Observations comparatives sur le terrain à Sumatra et à Bornéo

Bern (ots) - Le développement sexuel, le comportement en matière d'accouplement et le tissu social des orangs-outans dépendent plus qu'on ne le pensait de leur environnement: lorsque la forêt tropicale donne plus de nourriture, l'influence du mâle dominant augmente. Pour échapper à son attention, de nombreux autres mâles restent de petite taille. C'est la conclusion à laquelle est parvenue une étude soutenue par le Fonds national suisse (FNS).

Le mot orang-outan signifie "homme de la forêt" en malais. Mais en réalité, ces habitants des forêts tropicales au pelage d'un brun rougeâtre sont nos parents les plus éloignés dans la famille des singes anthropoïdes. Ils se distinguent de tous les autres par le fait que les mâles peuvent suivre deux étapes de développement différentes. C'est pourquoi il existe deux mâles sexuellement mûrs: les petits, qui ressemblent physiquement aux femelles, et les grands, qui développent des caractéristiques sexuelles secondaires telles que disque facial et sac laryngien.

Un arrêt dans le développement Quelques mâles de petite taille restent plusieurs années, voire toute leur vie, à ce niveau de développement sans que la dernière poussée de croissance n'intervienne. Comme l'ont désormais établi Lynda Dunkel, boursière Marie-Heim-Vögtlin soutenue par le FNS, et ses collègues de l'Institut et Musée d'anthropologie de l'Université de Zurich (*), cet arrêt dans le développement se produit plus souvent à Sumatra qu'à Bornéo, l'autre île du sud-est asiatique où l'on rencontre encore des orangs-outans.

A Sumatra, les chercheurs ont dénombré deux fois plus de petits mâles que de mâles développés présentant des disques faciaux. Pendant les cinq années d'observation dans la forêt tropicale, un seul mâle a développé les caractéristiques sexuelles secondaires. A Bornéo en revanche, il existe deux fois plus de mâles ayant des disques faciaux que de mâles dépourvus de ces renflements.

Des copulations sous la contrainte Les mâles développés se disputent bien plus souvent les faveurs des femelles qu'à Sumatra, où, sur le territoire observé, un seul mâle dominant monopolise les relations sexuelles avec les femelles. Du fait que la forêt tropicale de Sumatra donne plus de nourriture que celle de Bornéo, le mâle dominant a suffisamment de temps pour surveiller les femelles dans son entourage. Il chasse les autres mâles dotés de disques faciaux avant qu'ils ne puissent s'accoupler avec une femelle.

Mais les mâles de petite taille sans caractéristiques sexuelles secondaires sont plus discrets. A Sumatra, ils réussissent donc davantage à copuler avec une femelle, même si les femelles se défendent dans 60% des cas observés. A Bornéo aussi, il existe des accouplements sous la contrainte. Mais du fait que les mâles se bagarrent constamment et que les petits ne s'imposent jamais, l'avantage de cet arrêt du développement disparaît.

Lynda Dunkel a été surprise de constater que la nourriture disponible dans la forêt puisse avoir une telle incidence sur le comportement des orangs-outans en matière d'accouplement. Elle ajoute: "Il s'avère que l'organisation de ces singes anthropoïdes - et peut-être aussi de nos ancêtres - est plus variable que nous le supposions jusqu'alors. Apparemment, la sélection naturelle non seulement détermine l'aspect physique, mais aussi adapte le comportement social aux conditions locales de l'environnement".

(*) Lynda P. Dunkel, Natasha Arora, Maria A. van Nordwijk, Sri Suci Utami Atmoko, Angga Prathama Putra, Michael Krützen and Carel P. van Schaik (2013). Variation in developmental arrest among male orangutans: a comparison between Sumatran and a Bornean population. (Manuscrit disponible auprès du FNS; e-mail: com@snf.ch)

Le texte du présent communiqué de presse et la photo à haute résolution sont disponibles sur le site web du Fonds national suisse: www.snf.ch > Médias > Communiqués de presse.

Contact:

Lynda Dunkel
Institut et Musée d'anthropologie
Université de Zurich
tél.: +352 27 29 08 43
e-mail: lynda1979lu@yahoo.de



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