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FNS: Image de la recherche octobre 2010: Christianisme et paganisme au Moyen Âge

FNS: Image de la recherche octobre 2010: Christianisme et paganisme au Moyen Âge
Ce fusain coloré est extrait d'un manuscrit, originaire du sud de l'Allemagne, de la «Vitas patrum alémanique» (vers 1477), qui réunit des légendes de la culture populaire. Elle porte la légende suivante : «Wie haiden tragn ire aptgötter umb das vellt und bitten umb regen und andre geprestenn» (Comment les païens portent leurs ...
Bern (ots) - Des non-chrétiens faisant une procession chrétienne Les religions tendent à se démarquer mutuellement de manière à préserver leur identité et situer leur position. Parfois, elles n'hésitent pas à dénigrer les autres pour y parvenir. Les moyens employés au Moyen Âge à cet égard font l'objet d'une étude du Pôle de recherche national (PRN) « Médias en mutation ». Un dessin daté du 15e siècle illustre comment des chrétiens se moquent de païens suivant une bien étrange procession. Que voit-on ici ? Dix hommes cheminant à travers champs en rangs bien ordonnés. Barbus et arborant pour la plupart une mine sévère, ils portent en procession trois curieuses statuettes, tandis que l'un d'entre eux parcourt un livre. Ce fusain fait partie d'un manuscrit consacré à la vie de Saint Apollonio, provenant du sud de l'Allemagne et datant du haut Moyen Âge. L'illustration est quelque peu ambiguë. « Il s'agit probablement d'une représentation visant à dénigrer les non-chrétiens, ou les païens en général. Un rite familier, la procession, est dénaturé de manière à représenter la religiosité non-chrétienne comme une dérogation au christianisme, et donc à la norme. Cette démarcation de tout ce qui est autre renforce la propre spécificité », affirme Susanne Baumgartner, spécialiste en littérature. Dans sa thèse étayée par des débats théologiques, elle analyse les relations entretenues au Moyen Âge par les chrétiens avec ceux qui ne partageaient pas leur croyance, en particulier les personnes de confession juive et musulmane. À quoi reconnaît-on que ces hommes, qui manifestent une telle piété, sont des païens ? Il est vrai que l'auteur du dessin emploie des éléments traditionnels de la sanctification chrétienne (p. ex. livre, procession, prière). Pourtant, certains d'entre eux sont détournés en faveur d'un symbolisme hérétique : ce ne sont pas des crucifix ou des statues de saints qui sont portés en procession, mais des divinités antiques. Les turbans sur la partie droite de l'image indiquent la présence de musulmans ; le chapeau pointu quant à lui représente un signe distinctif du judaïsme. La pléthore de symboles de divers cultes religieux trahit d'une part les incertitudes de l'illustrateur quant à la représentation idoine d'un rite à connotation païenne. D'autre part, elle reflète la vision chrétienne selon laquelle les païens méconnaissent la religion en soi. Leur oraison est nulle et non avenue, car ils invoquent le ou les mauvais dieu(x) en employant les mauvais moyens. Ce dessin met également en scène une pomme de discorde traditionnelle entre défenseurs du christianisme et ceux du paganisme : l'interprétation du dogme de la trinité. En effet, les disciples du Christ étaient régulièrement accusés d'adorer non pas un, mais bien trois dieux. L'illustration renvoie cette accusation du polythéisme aux accusateurs en insistant sur leur incompréhension de l'être suprême, puisqu'au lieu de vénérer la Sainte Trinité, ils implorent trois divinités différentes (Jupiter, Vénus et Mars). Le texte et les images du présent communiqué de presse peuvent être téléchargés sur le site Internet du Fonds national suisse de la recherche scientifique : www.snf.ch > Médias > Image de la recherche Contact: Susanne Baumgartner Université de Zurich PRN « Médias en mutation ». Rämistrasse 42 8001 Zurich Tél. : 044 634 51 20 E-mail : susanne.baumgartner@ds.uzh.ch

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