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A plein régime vers l'avenir; Exposé du président de la Confédération Moritz Leuenberger auprès du Congrès du Syndicat du personnel des transports

    Berne (ots) -

    1. L'heure de dire merci

    Lors de notre dernière rencontre  il y a quatre ans, j'étais venu vous parler de la réforme des chemins de fer qui était en passe d'aboutir. Je savais, bien sûr, que ce ne serait pas chose facile, comme allaient le montrer la suite des débats.

    C'est néanmoins avec plaisir que je repense au congrès de 1997: votre accueil était amical et vous m'avez écouté avec patience. Vous m'avez fait part de vos craintes tout en me laissant entendre que vous compreniez ma position.

    Notre attachement à ce pays implique notamment de rester à l'écoute de la politique suisse. Or, cette année, j'accumule les soucis du ministre des transports et ceux du président de la Confédération:

    La campagne que nous vivons ces jours en vue des prochaines votations nous prouve que l'équité et le sens de la mesure ne vont plus de soi dans notre pays.  La révision de la loi sur l'armée est combattue à l'aide de clichés qui rappellent immanquablement des temps funestes: cercueils, tombes, cimetières militaires, croix suisses transformées en armes à feu. Hier au Conseil fédéral, nous avons constaté que la culture politique de notre pays était altérée de façon intolérable, ce qui ne présage rien de bon. Aux urnes, il ne peut y avoir qu'une seule réponse à ce genre de propagande financée par une poignée de milliardaires. En votant oui, nous adhérons à un dialogue digne de ce nom et nous condamnerons des méthodes dont notre pays n'a que faire.

    C'est en tant que président de la Confédération, et non comme ministre des transports que je souhaiterais ajouter ceci:

    Je tiens tout d'abord à vous remercier, non pas par simple politesse, mais parce que cela correspond  à un besoin sincère et à une conviction profonde, que je souhaite aussi rendre publique:

    - L'engagement des cheminots en faveur de "leur" entreprise est unique en son genre.

    - Lorsqu'on a réduit vos salaires, vous avez réagi en multipliant les efforts de sympathie et en traitant la clientèle avec une serviabilité et une efficacité particulières. Cette attitude a été extrêmement bien accueillie.

    - A la suite de l'ouragan Lothar, vous avez accompli des heures supplémentaires à la limite de l'humainement possible.

    - Vous avez donné corps à l'idée de ‚service au public‘.

    Je tiens donc à vous en remercier au nom de l'ensemble du Conseil fédéral.

    2. De la crise du rail...

    La dernière fois que je suis venu chez vous, les chemins de fer fêtaient leur 150e anniversaire. L'œil ravi, des centaines de milliers de passionnés du rail s'émouvaient de cette success story, beaucoup se rendant en pèlerinage sur les traces du premier train suisse, le fameux Spanisch-Brötli-Bahn ou se déplaçant pour assister aux nombreuses autres parades de locomotives à vapeur. Ces festivités démontraient tout l'attachement voué à nos chemins de fer. Toutefois, à l'époque, j'avais souligné que "l'avenir des chemins de fer commence par leur réforme".

    Au milieu des années 90, les chemins de fer, et notamment les CFF, traversaient une crise profonde et leur avenir paraissait plus qu'incertain:

    - les CFF s'enfonçaient dans les chiffres rouges; à plusieurs reprises, j'ai failli assister au rejet de leur budget par les Chambres fédérales.

    - les chemins de fer perdaient des parts de marché en trafic marchandises.

    - Un «groupe de réflexion» proposait de fermer un cinquième des lignes CFF; l'avenir de nombreux chemins de fer privés était également compromis. On menaçait de procéder à des coupes sombres.

    - Le financement de la NLFA et de Rail 2000 avait du plomb dans l'aile.

    3. ...à la renaissance du chemin de fer

    Aujourd'hui, à peine quelques années plus tard, je peux affirmer en toute bonne conscience que les chemins de fer ont surmonté la crise. Le train de réformes que nous avons lancé dans la seconde moitié des années 90, et auquel vous avez apporté votre soutien, commence à porter ses fruits. Et je me risquerai aujourd'hui à dire que les chemins de fer sont lancés vers leur avenir.

    - Commençons par ces votations mémorables sur la RPLP et le financement des transports publics. Au départ, personne ne nous donnait la moindre chance, et pourtant nous l'avons emporté à une claire majorité. La modernisation de l'infrastructure ferroviaire est maintenant assurée pour les années à venir.

    - Si l'on regarde les statistiques, on remarque que les chemins de fer transportent presque deux fois plus de marchandises qu'il y a cinq ans. S'agissant des voyageurs, la part du rail a même augmenté par rapport à la route.

    - Penchons-nous maintenant sur le compte des résultats. On considère presque comme allant de soi que les CFF fassent des bénéfices, même si les indemnités versées par la Confédération ont diminué. Quant aux chemins de fer privés, ils  ont aussi considérablement accru leur productivité et leurs services se sont améliorés malgré le recul des subventions.

    - Considérons aussi le rôle de pionnier des chemins de fer sur le plan technologique: Easy-ride, systèmes de sécurité modernes, trains à caisses inclinables, nouvelles compositions pour le trafic régional, autant de projets qui relancent l'économie suisse.

    Ces succès doivent être mis à votre compte: jamais les objets concernant les transports n'auraient été acceptés en votation sans l'engagement du personnel ferroviaire. Les chemins de fer ne seraient pas sortis de leur crise aussi rapidement si vous n'aviez pas été chaque jour fidèles au poste.

    4. Une politique du personnel progressiste

    Je dirai donc aussi deux mots sur la politique du personnel des CFF, à laquelle le SEV participe.

    - La convention collective de travail, le premier accord de ce genre conclu dans le secteur public.

    - Les modèles d'horaire à la carte et les diverses mesures de reconversion professionnelle ont permis de procéder sans licenciement à la nécessaire réduction du personnel.

    - N'oublions pas non plus les mesures prises en faveur des régions périphériques, comme le Contact Center prévu en Valais ou les ateliers d'apprentissage à Yverdon et à Erstfeld.

    Si les CFF n'avaient pas pu négocier avec un partenaire fiable, jamais ils ne seraient parvenus à remplir leur mandat et à mettre en œuvre une politique  progressiste, compatible avec les intérêts sociaux.

    Le SEV a d'ailleurs remporté hier un autre succès. Le Conseil fédéral a en effet décidé que les retraités de l'ancienne régie fédérale recevront la compensation du renchérissement, bien sûr avec effet rétroactif pour les années où celle-ci ne leur a pas été accordée. Les coûts seront pris en charge par la Confédération.

    5. Zones d'ombre

    Il n'y a pas de lumière sans ombres. Qui le sait mieux que vous?

    a) Trafic marchandises international

    Le transfert du trafic marchandises international de la route au rail continue à nous préoccuper: les passages de la frontière prennent beaucoup trop de temps, les trains arrivent avec d'énormes retards, la collaboration des chemins de fer laisse à désirer.

    Nous avons toujours su que ces problèmes ne seraient pas résolus du jour au lendemain. Pour l'heure, on ne perçoit qu'une RPLP à demi-tarif et la mise en service de la NLFA n'est pas pour demain.

    Nous avons toujours su que nous ne pourrions pas réaliser notre politique de transfert tous seuls: les pays voisins doivent eux aussi moderniser leur infrastructure ferroviaire. Nous espérons tous que l'Allemagne percevra aussi une redevance sur ses poids lourds à partir de 2003 et que d'autres pays européens suivront.

    Nous ne pouvons pourtant pas rester les bras croisés. Les transports qui passent aujourd'hui du rail à la route seront difficiles à récupérer. Il appartient donc à chacun de faciliter le transfert. Différents acteurs sont appelés à jouer un rôle:

    - Il y a d'abord les milieux politiques, qui doivent créer un cadre général adéquat. Il faudra éliminer au plus vite les points faibles du trafic ferroviaire de marchandises sur l'axe nord-sud. C'est pourquoi nous avons créé, il y a quelques jours, un groupe de travail avec la Hollande. Sa tâche consistera à proposer des solutions concrètes d'ici à la fin de l'année et d'inviter l'Allemagne et l'Italie à collaborer.

    - Il y a aussi les chemins de fer. Pour le trafic ferroviaire des marchandises, il est vital que la collaboration entre les CFF et les chemins de fer nationaux italiens réussisse, peu importe sous quelle forme. C'est la seule manière de résoudre les problèmes de qualité au sud. Il est aussi capital que l'autoroute roulante au Lötschberg soit un succès. Elle doit nous permettre de réduire à court terme la surcharge aux postes de douane de Bâle et de Chiasso.

    - Mais je n'oublie pas les syndicats.  Il est scandaleux que les chauffeurs de camions ne soient pas payés pour le temps qu'ils passent bloqués dans les bouchons. Une telle pratique porte un grave préjudice à la compétitivité des chemins de fer. C'est pourquoi avant-hier, à Lisbonne, j'ai préconisé des normes internationales fixant des salaires minimaux adéquats pour les chauffeurs. Tous les efforts entrepris pour contourner les mesures nationales de protection sociale, toutes les pratiques du genre des contrats spéciaux conclus avec des chauffeurs individuels nuisent aussi à la compétitivité des chemins de fer. Notre tâche serait bien plus simple si, au lieu d'être scindés en une section route et une section rail, les syndicats des transports s'unissaient et s'organisaient à l'échelle internationale. Dans ce domaine, les syndicats ont encore beaucoup à faire.

    b) Salaires des cadres

    Autre zone d'ombre de la réforme: les pourparlers portant sur les salaires des cadres, qui ont provoqué bien des remous et nui à l'atmosphère de travail.

    J'ai toujours rêvé que tous ceux qui agissent au mieux de leur conscience reçoivent un salaire identique. Je sais bien qu'il s'agit d'un rêve. Mais je persiste à penser que des écarts trop importants entre les salaires constituent une menace pour la cohésion de la société et nuisent à l'économie.

    C'est pourquoi nous avons exigé du conseil d'administration des CFF de maintenir les bas salaires au-dessus du niveau du marché, revendication du reste acceptée, je tiens à le souligner. Mais nous n'avions pas prévu de directives pour les hauts salaires.

    Or, c'est maintenant chose faite: hier, le Conseil fédéral a décidé qu'il prescrira dorénavant aux entreprises des objectifs qualitatifs dans les conventions sur les prestations et que, dès maintenant, les plus hauts salaires seront transparents.

    Nous acceptons volontiers les critiques lorsqu'elles sont instructives. Mais tous ceux qui en ont formulé n'avaient pas les mêmes intentions:

    - Lorsqu'un cadre venant d'outre-mer a été engagé pour diriger la Poste, personne n'a trouvé à redire sur son salaire. Il a fallu attendre son successeur, qui gagne moins que lui et qui est membre du Parti socialiste, pour que pleuvent les critiques.

    - De même, personne n'a souligné que les précédents chefs du trafic marchandises des CFF, un Danois puis un Norvégien, gagnaient plus que le titulaire actuel.

    - Est-il juste qu'un directeur, simplement parce qu'il appartient à l'entreprise et qu'il a un passé syndicaliste, gagne beaucoup moins qu'un cadre recruté à l'étranger?

    - Faut-il prendre le risque que les CFF perdent leurs meilleurs éléments et soient désavantagés sur le marché de l'emploi? Voilà qui serait diamétralement à l'opposé des objectifs de la réforme des chemins de fer.

    Nous avons libéralisé les CFF en poursuivant trois objectifs: renforcer les transports publics, transférer le transport des marchandises et des voyageurs au rail, plus écologique, et améliorer le service public dans tout le pays. La seule manière de parvenir à nos fins est d'obtenir que les CFF, mais aussi la Poste, Swisscom et d'autres entreprises publiques se conforment dans une certaine mesure aux lois du marché.

    6. Tout immobilisme est un retour en arrière

    Je l'ai dit: les chemins de fer sont lancés vers leur avenir. Cela signifie aussi qu'il n'auront d'avenir que s'ils poursuivent de la sorte. Et c'est ce qu'ils font:

    - De nombreux chemins de fer privés coopèrent ou même fusionnent.

    - Les CFF et le BLS ont convenu récemment d'une nouvelle répartition des tâches.

    - La nouvelle stratégie des CFF en matière de trafic marchandises est sur le point d'être mise en œuvre.

    - Les CFF prévoient de mettre en place de nouveaux systèmes de RER et d'étoffer encore l'horaire cadencé.

    - On parle de participer au marché des transports en Angleterre. Je connais vos réticences à ce sujet. Je suis d'accord avec vous sur un point: ce projet ne doit pas constituer un risque, et c'est bien pourquoi nous prenons nos précautions. Mais n'oublions pas les nouvelles perspectives qu'il offre. Pourquoi les Suisses, par ailleurs si fiers du succès de leur industrie d'exportation et de la qualité de leurs chemins de fer, douteraient-ils que ceux-ci puissent s'exporter? Ma foi je reconnais que, dans le pire des cas, les CFF pourraient y gagner des sous. Mais faut-il vraiment en avoir honte? En trafic ferroviaire, les frontières nationales disparaissent petit à petit. Par la suite, les chemins de fer seront aussi appelés à participer à des appels d'offres dans  les régions proches des frontières suisses. Nous n'y échapperons pas. C'est pourquoi je vois d'un bon œil la participation des CFF à cet appel d'offres anglais.

    7. Réforme des chemins de fer II

    Les chemins de fer doivent donc continuer de se transformer, mais notre premier objectif est de consolider les acquis. Il faudra d'autres réformes, mais pas de celles assimilables à des essais et tout juste bons pour figurer dans les manuels d'économie. Nous ne sommes pas un laboratoire de recherche en économie ferroviaire et vous n'êtes pas des cobayes.

    L'idée d'une séparation juridique de l'infrastructure et de l'exploitation, qui anime les débats ici et là, me paraît donc hors de question pour l'instant. Malgré tout le respect que j'ai pour le combat mené par le SEV, pour moi et pour l'OFT, il ne serait pas nécessaire. D'ailleurs pour Benedikt Weibel non plus.

    Bien sûr, je ne peux pas exclure que l'Europe s'engage dans une autre direction. A nous alors de revoir notre copie. Mais la deuxième étape de la réforme des chemins de fer a d'autres priorités, telles que l'harmonisation du financement de l'infrastructure.

    Nous ne voulons pas de déresponsabilisation organisée, où les uns ne s'occupent que du rail  et les autres de l'exploitation. Nous voulons qu'un seul organe assume la responsabilité globale de la sécurité, de la satisfaction des clients, de la ponctualité et du confort.

    Le rail a besoin de la concurrence, peut-être même dans une plus large mesure qu'aujourd'hui. Mais concurrence et libéralisation ne sont pas des fins en soi. Nos chemins de fer sont parmi les meilleurs du monde. Il serait insensé de risquer leur capital de performances pour des motifs idéologiques.

    Les chemins de fer sont lancés vers leur avenir. Vous aussi, au Syndicat du personnel des transports, vous veillez  à ce que tout roule. Votre congrès s'est précisément fixé pour tâche de baliser la voie pour demain et après-demain. Je vous souhaite de réussir. Berne, le 31 mai 2001

    Les paroles prononcées font foi !



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